Tous à l’opéra! par Julie-Anne Derome

D’où t’est venue l’idée d’un programme de transcription d’œuvres d’opéras ?
J’avais envie de présenter un thème original avec des œuvres d’opéra mythiques. Ces transcriptions du 19e siècle forment un catalogue impressionnant et sont rarement entendues.

Quelle est ton œuvre préférée du programme ?
Pelléas et Melisande de Debussy est une heureuse découverte et jouer le mythique Casta Diva de Bellini a toujours été un rêve pour moi. Cet aria est chargé de tant d’émotions en mode sublime et me rappelle la chanteuse Maria Callas.

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Si tu devais être un personnage d’opéra, lequel choisirais-tu ?
Les héroïnes ont souvent un destin tragique. D’autres ont cependant été plus victorieuses ! Rosina dans Le barbier de Séville était une femme brillante qui, par sa ruse, a réussi à déjouer les plans de son gardien le Dr. Bartolo. Susanna dans Les Noces de Figaro réussit à se sortir de situations délicates avec aplomb, ou encore Donna Elvira dans Don Giovanni, séduite puis abandonnée, se bat à son tour pour mettre en garde d’autres potentielles victimes des charmes du bourreau des cœurs.

Fin de la 20e saison… à quoi ressemblera la saison 2019-2020 ?
L’exposition universelle à Paris en 1900… quelle était l’atmosphère musicale à ce moment-là ?

 

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Crédit photo: Adrian Morillo Gonzales
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Tous à l’opéra! par Steven Massicotte

Quel instrument « chante » le mieux selon toi pour la transcription des œuvres ?

C’est sûr que les instruments à cordes sont les plus chantants dans le trio. On dit même que le violoncelle est l’instrument qui ressemble le plus à la voix humaine.

Pour ce concert, le rôle du piano est plutôt d’être l’orchestre qui soutient et répond aux autres instruments.

Quelle est ton œuvre préférée du programme ?

C’est toujours difficile de choisir. Souvent une pièce que je pense ne pas trop aimer devient ma préférée avec le temps. Pour le moment, j’aime bien celles de Wagner.

Si tu devais être un personnage d’opéra, lequel choisirais-tu ?

L’archétype du vieux roi sage m’a toujours inspiré, donc je crois que je serrais le Commendatore dans Don Giovanni !

Fin de la 20e saison… à quoi ressemblera la saison 2019-2020 ?

Petit indice pour un des programmes… Joseph Haydninov !

 

Steven Massicotte
Steven Massicotte

Tous à l’opéra! le mardi 23 avril 2019 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

Tous à l’opéra! par Gabriel Prynn

English version

Quel instrument « chante » le mieux selon toi pour la transcription des œuvres ?

Quelle question pour un violoncelliste ! En tous cas, suivre la respiration naturelle d’un chanteur reste un des défis de ce répertoire. Le mouvement de l’archet reproduit peut-être plus facilement le côté chantant de cette musique que le piano. Cependant, recréer l’aspect parlant du chanteur, où chaque syllabe est prononcée, demande potentiellement plus d’attention pour les instrumentistes à cordes que pour le pianiste, qui joue sur un instrument qui, par sa nature, articule chaque note.

Quelle est ton œuvre préférée du programme ?

Un choix difficile, car toutes les œuvres ont leurs qualités distinctes et nous font entrer dans des ambiances musicales, stylistiques et historiques particulières. Si je dois faire un choix, ça doit être les Scènes de Tristan faites par Alfred Pringsheim (1850 – 1941).

Mathématicien, artiste et richissime mécène juif-allemand, Pringsheim a eu des correspondances personnelles avec Wagner, et a même soutenu ses projets financièrement, notamment le festival à Bayreuth. Déjà très vieux, Pringsheim se trouve obligé de quitter l’Allemagne pour la Suisse en 1939, mais perd sa fortune à cause de la « taxe de désertion » (Reichsfluchtsteuer), l’impôt limitant la sortie de capitaux des résidents fortunés du pays, surtout visant les juifs. Sa seule production de compositeur demeure quelques transcriptions d’œuvres opératiques de Wagner pour petits ensembles.

Tristan est une œuvre tellement mythique – probablement la plus grande histoire d’amour dans toute l’histoire de la musique occidentale, mais aussi, bien sûr, une des œuvres-clés dans l’évolution de la musique grâce à son langage musical nouveau. Comme le désir interdit entre Tristan et Iseut, la musique ne se repose jamais.

Chaque phrase chevauche la suivante, la tension des chromatismes omniprésents et la couleur unique du célèbre « accord de Tristan » augmentant le drame.

Si tu devais être un personnage d’opéra, lequel choisirais-tu ?

Les choses ont très mal tourné pour Don Giovanni à la fin, mais disons qu’il a eu beaucoup de fun sur le chemin !

Fin de la 20e saison… à quoi ressemblera la saison 2019-2020 ?

Pour la saison qui vient, nous allons surtout explorer les capacités de la musique de chambre de nous faire voyager dans le temps et dans l’espace.

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Gabriel Prynn

Tous à l’opéra! le mardi 23 avril 2019 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

Let’s Go to the Opera! by Gabriel Prynn

Version française

Which instrument « sings » the best, according to you, in the transcriptions of these works?

What a question for a cellist! In any case, following the natural breathing of the singer remains one of the challenges of this repertoire. The movement of the bow may perhaps more naturally reproduce the singing side of this music than the piano. However, recreating the speaking aspect of the singer’s art, where each syllable is pronounced, potentially requires more attention for the string players than for the pianist, who plays on an instrument that, by its nature, articulates each note.

What is your favorite work on the program?

A difficult choice, because all of the works have their distinct qualities and invite us to enter into such particular musical, stylistic and historical moods. However, if I have to make a choice, it must be the Scenes from Tristan by Alfred Pringsheim (1850-1941).

Mathematician, artist and wealthy Jewish-German patron of the arts, Pringsheim maintained a personal correspondence with Wagner and even supported his projects financially, including the festival in Bayreuth. Already very old, Pringsheim was obliged to leave Germany for Switzerland in 1939, but lost his fortune because of the « desertion tax » (Reichsfluchtsteuer), the tax limiting the exit of capital from the country, especially targeting Jews. His only production as a composer consists of a handful of transcriptions of Wagner’s operatic works for small ensembles.

Tristan is such a mythical work – probably the greatest love story in the entire history of Western music, but also, of course, one of the key works in the evolution of music itself due to its new musical language. Like the forbidden desire between Tristan and Isolde, the music never rests; each phrase overlaps with the next.

The tension of the omnipresent chromaticisms and the unique color of the famous « Tristan Chord » increase the drama.

If you had to be an opera character, which one would you choose?

 Things turned out badly for Don Giovanni in the end, but we can say that he had a lot of fun along the way!

End of the 20th season … what will the 2019-2020 season look like?

For the coming season, we will mainly explore the way that chamber music allows us to travel through time and space.

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Gabriel Prynn

Let’s Go to the Opera! on April 23, 2019 at 7.30pm at Bourgie Hall

The instrument sing their beautiful song

Version française

“Let’s go to the opera!” A new program, which is not only very inviting for the listener, but also presents the enthusiastic musicians of Trio Fibonacci with a unique challenge: to bring out the romantic « Bel Canto » qualities of their instruments by mixing Bellini, Donizetti, Mozart, Meyerbeer, Verdi, Weber and Debussy as well as some more Wagnerian « vocalises » …

Let us remember that before the invention of recordings (wax cylinders, then the vinyl disc, the magnetic tape, the CD then the DVD, as well as platforms like the radio, TV, internet, Walkman, iPod and smartphone), the only music we heard was what we sang or played ourselves. This was « live music » in its truest form  – directly from the producer to the consumer, one might say.

Phonographe-Edison-Par-Norman-Bruderhofer

However, transporting moving an orchestra or a choir to perform an opera was not an easy task, both logistically and financially. To rehearse and prepare their vocal scores, the singers and directors therefore used working transcriptions for small ensembles (trio or quartets) giving pride of place to the piano and often strings, sometimes winds.

A comprehensive repertoire

The composers themselves very often wrote these transcriptions. But not always: others have specialized in this field, like Renaud de Vilbac (1829-1884) for example, a composer and most of all an organist. His instrument required these transcriptions; he produced several albums of opera arias that, although well known by name and reputation, were in fact rarely heard performed by the people of his time. « A complete repertoire of well-known transcriptions, created before the existence of recordings, » says Gabriel Prynn, the cellist of the Fibonacci Trio.

As part of the concert on Tuesday, April 23, « we wanted to explore the idea of interpreting music with a vocal approach, » he continues. Thanks to the transcribers, music composed for large ensembles could thus be diffused more widely thanks to these versions for smaller instrumental forces. « The trio will sing through its strings by bringing together rare transcriptions of some 19th-century operatic gems, » announces the Fibonacci Trio. Pelleas and Melisande, Norma, The Magic Flute, The Huguenots, L’Elisir d’Amore, Der Freischütz, Il Trovatore, etc., are accordingly also on the program.

Following the natural breath

So how do you reduce an entire opera, voice and orchestra, to three instruments like Steven Massicotte’s piano, Julie-Anne Derome’s violin and Gabriel Prynn’s cello? « By the timbre of the instruments … and a lot of preparatory listening, » smiles Gabriel. « It’s all a question of approaching the vocal register of the singer and the emotion expressed with the right level of sensitivity, » he summarizes. « A transcription is not a simple reproduction of the sung syllables of the libretto. Nor is it only a question of taking up the score of the singer or the orchestra and replaying the notes on our instruments. It is a matter of following the natural breath of the music. Some transcriptions will help us by specifying the voice or instrument represented, or indicate the musical expression or orchestral atmosphere the composer originally had in mind … »

Key works for small ensembles

Over time, and thanks to the development of the repertoire, these transcriptions have become key works for trios, quartets and other small ensembles with strings and / or winds (violin, cello, clarinet, bassoon, etc.).

Moreover, this concert will be a trio of personal favorites, since each instrumentalist will play their favorite piece: « For me, it’s the love duet « Liebesnacht » from Wagner’s Tristan und Isolde, » says Gabriel Prynn. « It must be Don Giovanni for Steven Massicotte, » he says. « But for Julie-Anne, I’m not entirely sure … », he admits. We will know more on Tuesday, April 23 at the Bourgie Hall at 7:30 PM.

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Le beau chant des instruments

English version

« Tous à l’opéra ! » Voilà une interpellation très invitante et enthousiaste du Trio Fibonacci : entendre le Bel Canto romantique des instruments en mêlant Bellini, Donizetti, Mozart, Meyerbeer, Verdi, Weber ou Debussy et quelques « vocalises » plus wagnériennes…

Rappelons-nous qu’avant l’invention des enregistrements (le rouleau de cire puis le disque, la bande magnétique, le CD puis le DVD, et des systèmes de diffusions (radio, tv, internet, baladeur, iPod et cellulaire), la seule musique qu’on entendait était celle qu’on chantait ou qu’on jouait en « live », dans le vrai sens de « Vivant », directement du producteur au consommateur, pourrais-je dire.

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Cylindre phonographique en cire Edison 2 mn

Mais déplacer un orchestre et/ou une troupe pour interpréter un opéra n’était pas une mince affaire aussi bien en termes de logistique que de finances. Pour répéter et travailler leur partition vocale, les chanteurs et répétiteurs utilisaient des transcriptions de travail pour de petits ensembles (trio ou quatuors) faisant la part belle au piano et quelques cordes, parfois des vents.

Un répertoire complet

Ces transcriptions étaient très souvent écrites par les compositeurs eux-mêmes. Mais pas toujours : d’autres se sont spécialisés dans ce domaine comme, entre autres Renaud de Vilbac (1829-1884), compositeur et surtout organiste. Son instrument exigeait ces transcriptions ; il a ainsi réalisé plusieurs recueils d’airs d’opéra très connus, mais rarement joués pour les gens de son époque. « Un répertoire complet de transcriptions très connus, créé avant l’existence des enregistrements », explique Gabriel Prynn, le violoncelliste du Trio Fibonacci.

Dans le cadre du concert, « nous voulions explorer cette approche particulière de lecture et d’interprétation d’une musique à valeur vocale », poursuit-il. Grâce aux transcripteurs, la musique des grands ensembles a ainsi pu être diffusée plus largement par ces versions réduites d’orchestration. « Le trio fera chanter ses cordes en rassemblant les rares transcriptions de quelques perles opératiques du XIXe siècle », annonce le Trio Fibonacci. Pelléas et Mélisande, Norma, Die Zauberflöte, Les Huguenots, L’Elisir d’Amore, Der Freischütz, Il Trovatore, etc., sont ainsi et aussi au programme.

Suivre une respiration naturelle

Mais comment réduit-on tout un opéra, voix et orchestre compris, à trois instruments comme le piano de Steven Massicotte, le violon de Julie-Anne Derome et le violoncelle de Gabriel Prynn ? « Par le timbre des instruments… et beaucoup d’écoute préparatoire », sourit Gabriel. « Selon qu’ils s’approchent du registre vocal de l’interprète ou de l’émotion exprimée », résume-t-il. « Une transcription n’est pas une simple reproduction des syllabes chantées du livret. Il ne s’agit pas de reprendre la partition du chanteur ou celle de l’orchestre et de les rejouer par l’instrument. Il s’agit de suivre toutefois une respiration naturelle. Certaines transcriptions les précisent, ou indiquent alors l’expression musicale la plus proche de l’ambiance orchestrale… »

Des œuvres clés pour petits ensembles

Au fil du temps et du développement du répertoire, ces transcriptions sont devenues des œuvres clés pour les trios, les quatuors et autres petits ensembles à cordes et/ou à vents (violon, violoncelle, clarinette, basson, etc.).

D’ailleurs ce concert sera un trio de coups de cœur puisque chaque instrumentiste y jouera sa pièce préférée : « Pour moi, c’est le duo amoureux Liebesnacht dans Tristan und Isolde de Wagner », lance Gabriel Prynn. « Ça devrait être Don Giovanni pour Steven Massicotte », avance-t-il. « Mais pour Julie-Anne, j’hésite à choisir… », avoue-t-il. Nous en saurons plus le mardi 23 avril à la salle Bourgie du MBAM dès 19h30.

Michel Joanny-Furtin

« Tous à l’opéra ! » par le Trio Fibonacci : Réservez vos places sans tarder pour entendre des fleurons du répertoire lyrique.

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Les géants du minimalisme : les diamants du trio Fibonacci

Par Michel Joanny-Furtin

« Un maximum d’émotions avec un minimum de notes », annonçait le Trio Fibonacci qui célèbre sa 20e saison cette année. Et pourtant quel magnifique bouquet de couleurs sonores, et de richesses cachées dans ce menu thématique beaucoup plus varié qu’il n’y parait.

En proposant ce concert « Les géants du minimalisme », c’est comme si le Trio Fibonacci invitait le public à prendre le temps de découvrir tout un monde particulier de la musique classique du 21e siècle.

« Un portrait pluriel », affirmait le programme. « De la musique scénique et atmosphérique de Philip Glass, Ludovico Einaudi et Max Richter aux mélodies épurées et mystiques d’Arvo Pärt et Hildegarde de Bingen », auxquelles le Trio Fibonacci a ajouté « les rythmes implacables et répétitifs de John Adams et Michael Nyman. » et, pour dessert de ce menu de grande qualité, une création de Maxime McKinley.

Le trio Yellow Beach (2002) de Micheal Nyman a ouvert la soirée avec ce style musical si particulier, reconnaissable par l’approche si personnelle du compositeur.

Suivait une nouvelle interprétation par le Trio Fibonacci du Fratres (frères en latin), d’Arvo Pärt. Un hommage du compositeur en union musicale et spirituelle avec Benjamin Britten. Les cordes jouaient dans les graves des motifs repris à l’aigu, le piano de Steven Massicotte accompagnant cette musique de la contemplation et du silence si caractéristique de Pärt.

« Tous ces compositeurs sont vivants ! »

Le Head On pour trio (1967), une courte pièce de Philip Glass, illustrait le style « répétitif » – l’autre sens de la musique minimaliste – presque obsessif, mais ludique et fascinant, hypnotique, du compositeur.

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Julie-Anne Derome a pris le micro pour présenter la pièce de John Adams 40% Swing, le troisième mouvement de son œuvre Road Movies. « Le titre est très évocateur d’un paysage qui défile lors d’une course effrénée entre le violon et le piano », a expliqué la violoniste. Une belle pièce de musique dont l’interprétation résonnait comme une urgence de vivre… à 40%… de swing !

Une création hommage de Maxime McKinley

Création québécoise originale, Bleu tombant (Falling Blue) de Maxime McKinley rendait hommage à la peintre Agnès Martin dont les toiles magnifiaient l’apparence d’une simplicité, plus complexe en vérité, à l’image de la musique minimaliste. « Quiconque est capable de rester assis un moment sur une pierre au milieu d’un champ est capable de voir ce que je peins », pensait Agnès Martin.

Dans cette œuvre presque contemplative de Maxime McKinley, on entend le temps qui s’écoule et l’esprit qui vagabonde : une longue exploration descendante des graves illustrait le cheminement de la pensée qui tente de s’accrocher au réel quand les aigus appellent à la volatilité du rêve. Présent au concert, le compositeur a rejoint les artistes sur scène pour saluer l’auditoire.

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La seconde partie du concert fut majoritairement consacrée aux œuvres de Ludovico Einaudi, mis à part deux œuvres dont O Virtus Sapientiae d’Hildegarde de Bingen. Une longue tenue d’archet au violoncelle de Gabriel Prynn démontrait la grande sobriété d’une composition très mystique, tout en offrant une belle diversité dans les motifs en guise d’ornementation. Cette nouvelle interprétation par le Trio Fibonacci résonna comme une prière pour apaiser l’âme. Dans le même ordre d’idée, le Mercy (2010) de Max Richter, qu’on pourrait traduire par « miséricorde« , semblait comme le souvenir d’une émotion empreinte de compassion.

Ludovico Einaudi

Le Trio Fibonacci présenta le nostalgique, et très filmique, Una Mattina (2004), avec un motif au piano repris par le violoncelle, suivi d’un autre motif repris à l’unisson des instruments. Puis DNA (2004), où les allers-retours du violoncelle allant d’un chemin à l’autre des motifs proposés évoquaient une ellipse sur l’hélice de l’ADN.

La soirée fut parachevée par trois œuvres de Ludovico Einaudi. Sa Sarabande (2011), qui n’était pas sans rappeler quelques accents de Michel Legrand, semblait relater un souvenir douloureux. En parallèle, Underwood (2013) mettait en valeur un piano à l’écoute du violon, tout en montrant le chemin, rythmant le voyage.

La nouvelle interprétation par le Trio Fibonacci de Petricor (2015) révélait une création à l’état pur, nourrie, et flamboyante d’images, avec une trame légèrement dramatique, mâtinée de suspense mais aussi d’espoir, et qui rappelait la musique de Michael Nyman qui débutait le spectacle. Une manière de boucler la boucle de cette soirée de découvertes autour du répertoire de chambre de ces compositeurs minimalistes.

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Une invitation à la rêverie et à la contemplation

Bien qu’elle se caractérise par le dépouillement et une économie de moyens la musique minimaliste ou répétitive paraît faussement facile à exécuter. Revenant à l’essence de l’émotion musicale, « c’est une musique assez imagée, qui invite l’auditeur à la rêverie et à la contemplation », avance le violoncelliste Gabriel Prynn.

Par l’évocation musicale de visages aimés, ce concert était riche d’émotions liées à un sentiment de mémoire, de souvenirs, parfois amers, mais des souvenirs qui nous permettent de nous construire; cette douleur douce mais lancinante des émotions qui nous rappelle que nous sommes vivants.

Ce qu’on aime avec le Trio Fibonacci, c’est cette facilité de partager avec le public, et lui raconter avec humour et simplicité, sa passion. Ses trois artistes mettent en place des conversations entre les instruments qui s’écoutent, échangent, partagent et chantent ensemble comme un trio vocal.

La qualité et la sobriété de jeu, la précision de l’interprétation font de Julie-Anne Derome, Gabriel Prynn et Steven Massicotte des ciseleurs d’or, des tailleurs de diamant. Et le coffre au trésor qu’est la salle Bourgie en était plein ce soir-là !

Crédit photo : Vincent Ranallo