Les géants du minimalisme – Entretien avec Maxime McKinley

Comment définis-tu ton style ?

Question difficile… Il n’est pas stable, ni définitif. Si je cherche quelques constantes, je crois que j’aime « théâtraliser » musicalement des figures simples, voire anonymes, comme des tenues, des notes répétées, des traits de gammes ou des arpèges, que je combine et fais évoluer dans des processus plus complexes. Les interactions entre les figures sont ainsi au moins voire plus importantes que les figures elles-mêmes. J’aime aussi établir des formes selon des sections contrastées mais complémentaires, donc bien marquées et discernables à l’écoute tout en suivant une trajectoire, linéaire ou en zigzags.

Aussi, j’aime que mes pièces soient vives, ludiques. Parfois expressives, sans artifices.

Que t’évoque la musique minimaliste ?

Moi-même, je ne me considère pas comme un compositeur minimaliste, mais l’enjeu de la répétition en musique m’intéresse beaucoup. Dans mes pièces, la répétition est plus souvent présente comme obstination, comme insistance, comme labeur même, que comme hypnose relaxante ou litanie religieuse. La répétition vient souvent chez moi de paire avec une certaine virtuosité instrumentale, car j’aime ce côté Sisyphe, ainsi que le paradoxe d’un débit rapide mais d’une évolution lente du discours.

C’est un rapport à la répétition qui découle d’une tension entre énergie et résistance.

Parmi les œuvres minimalistes américaines, je suis impressionné, notamment, par Different Trains de Steve Reich, et sensible à la musique de Morton Feldman. En Europe, sans qu’il s’agisse de minimalisme, les processus impliquant des périodicités du spectral Gérard Grisey me touchent beaucoup aussi, par exemple dans Périodes.

 

Parle-nous de ton œuvre au programme du concert Les géants du minimalisme?

Ma pièce est un hommage à la peintre canado-américaine Agnes Martin, souvent associée au minimalisme même si elle-même préférait l’étiquette d’expressionisme abstrait. Lors d’un voyage à Boston à l’été 2018, je me suis arrêté au Museum of Fine Arts et j’ai découvert son travail, qui m’a immédiatement touché. Sur le mur, il était question de son processus créateur.

Elle disait : « Art work comes straight from a free mind – an open mind ». Et aussi : « Absolute freedom is possible. We gradually give up the things that disturb us and cover our mind. And with each relinquishment, we feel better ».

Ma pièce s’intitule Bleu tombant, ce qui est une traduction littérale du titre de son tableau Falling Blue. Évidemment, ce titre peut prendre plusieurs sens, et je ne cherche pas à en arrêter un en particulier. Ce projet m’a permis de m’interroger sur les liens entre l’art et le bien-être, ce que je fais rarement. À cet égard, la musique minimaliste offre quelque chose à un grand nombre d’auditeurs, ça me semble évident. Peut-être est-ce là une explication partielle de son succès populaire. En ce qui me concerne, ma pièce évolue musicalement vers le calme, la simplicité, voire même une certaine innocence (état cher à Agnes Martin). Mais les premières minutes sont surtout agitées.

Tout au long du travail de composition, j’ai exploré ce battement : se calmer pour composer, composer pour se calmer.

Cela en dialogue imaginaire constant avec l’art magnifique d’Agnes Martin. Chaque séance de travail était précédée d’une sorte de contemplation méditative, durant laquelle je feuilletais en silence des catalogues de ses œuvres.

Un lien vers un extrait vidéo ou sonore représentatif de ton travail?

Cette nouvelle pièce, Bleu tombant, est mon troisième trio avec piano. On peut entendre ici un extrait du deuxième, Mauricio (2010), interprété par le Trio Fibonacci :

http://www.maximemckinley.com/Mauricio-extrait.mp3

Ton instrument favori ?

Ça dépend des jours ! En fait, j’aime tous les instruments et aurais du mal à n’en nommer qu’un seul. Et si on peut la compter comme « un » instrument, j’ai une affection particulière pour la formation du trio avec piano et son répertoire, de Haydn et Beethoven à Dusapin et Kagel, en passant par Brahms et Schubert.

Dernier coup de cœur pour un disque, spectacle, expo, série ou film ?

J’ai été impressionné récemment par le concert de No Hay Banda consacré à Sideshow de Steven Takasugi, le 4 février à la Sala Rossa. Œuvre originale et forte, interprétation courageuse et engagée, public étonné et attentif.

Bleu tombant a été composée grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

 

Les géants du minimalisme le vendredi 1er mars 2019 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

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