¡Espana! par Julie-Anne Derome

Les couleurs de l’Espagne musicalement, ça se décrit comment ?

Si on se réfère à la période des œuvres que nous allons présenter, i.e. fin 19e/début 20e siècle, je dirais que ces couleurs sont très chaudes et flamboyantes, baignées de soleil! C’est ce dont on a besoin en ce mois de novembre!

Des sonorités inspirées de chansons, de danses et de mélodies populaires, dans un style néo-romantique étincelant, avec parfois des gestes passionnés.

Je trouve que la musique espagnole de cette période sollicite une grande virtuosité de l’archet de la part des instrumentistes à cordes, faisant appel à des techniques éclatantes comme des pizzicati et ricochets rapides, des coups d’archets et doigtés inusités, l’utilisation fréquente de cordes à vide et d’harmoniques, tout ça pour faire ressortir les couleurs scintillantes de la musique.

Parle-nous des œuvres au programme.

Enrique Fernández Arbós: le plus méconnu des compositeurs espagnols.

Il était violoniste et chef d’orchestre – les 3 mouvements (écrits en 1886 alors qu’il étudiait en Allemagne) se réfèrent à des danses : Bolero – Habanera (on pense à Carmen!) et Seguidillas gitanas (danses gitanes). Arbos a toujours affirmé que ces danses étaient originales, i.e. le fruit de sa propre imagination, et non empruntées au folklore traditionnel. Sa musique donne envie de danser.

 

Joaquin Turina: on dénote une grande maturité dans l’écriture de son 2e trio (écrit en 1933).

C’est une œuvre assez succincte, en 3 mouvements. On retrouve des éléments distinctement espagnols dans les intervalles mélodiques, la progression des accords et dans les structures rythmiques, incluant le 2e mouvement en 5/8.

 

Isaac AlbénizAsturias fait partie d’une suite emblématique de quatre pièces, écrite en 1886 pour la reine d’Espagne.

Ces pièces dépeignent différentes régions et styles musicaux d’Espagne. Dans Asturias, les ryhtmes de flamenco andalousiens (le sud : Seville – Grenade – Malaga) ont peu à voir avec la région d’Asturias, qui se trouve sur la côte Atlantique (région du nord-ouest). Cette version pour trio avec piano a été réalisée par notre violoncelliste Gabriel Prynn.

 

Gaspar Cassadó : Le grand violoncelliste!

Il a étudié avec Pablo Casals et formait avec son frère et son père un trio avec piano. Il a écrit son propre trio en 1926 et son écriture dénote une grande assurance technique. Les trois mouvements font appels à des traits caractéristiques du « son espagnol ». Certains des gestes qu’il utilise sont inspirés de guitaristes flamencos. Il signe son esthétique avec l’utilisation d’ornementations distincts, des rythmes piquants, des couleurs contrastées et une architecture en trois mouvements non-traditionnelle qui se rapprochent plus de la fantaisie que de la forme trio.

 

Enrique Granados – Il était autant actif en tant que compositeur, interprète et professeur.

Son trio, écrit en 1896 illustre son style hautement expressif et néo romantique. Granados est mort à 39 ans avec son épouse en mer en 1916, alors qu’un sous-marin allemand a torpillé le bateau qui le ramenait de New-York où il venait d’entendre la création de son opéra Goyescas et où il s’était produit pour le président lors d’un récital privé.

On connait les airs de la Suite espagnole d’Albéniz jouée par une guitare, mais avec des cordes de violon comment ça sonne?

On croit à tort qu’Asturias a été écrite pour la guitare, car en fait, elle a été originalement écrite pour le piano. Mais c’est vrai qu’elle est inspirée de rythmes de guitaristes flamenco andalousiens et que les guitaristes classiques modernes l’ont beaucoup popularisée, d’où la confusion. Donc, que ce soit pour la guitare, le piano ou les cordes, cette suite conserve son caractère emblématique car les rythmes de flamencos possèdent une personnalité forte. Et justement, ces gestes de trémolos de guitare fonctionnent très bien au violon et au violoncelle.

Disque, spectacle, expo, série, film ou recette de cuisine espagnole à nous conseiller ces jours-ci ?

Si un jour vous passez par Madrid, ne manquez pas le musée national du Prado. C’est un des musées les plus grandioses que j’ai visités. Il regorge de chefs-d’œuvre. J’ai été immensément touchée par l’œuvre de Velasquez et de Goya. Il faut se rappeler que ces peintres font partie du patrimoine culturel de tous les compositeurs au programme. Je me suis retrouvée hypnotisée par les jeux de plan du fascinant tableau ‘Las Meninas’ de Velasquez, et tous ses portraits représentant divers personnages de la cour, peints avec un regard rempli de bienveillance de la part de son auteur. Et que dire de la série des peintures noires de Goya (que l’on connait peu ici) et qui continuent de nous hanter longtemps après, et le mystérieux Chien.

Julie-Anne Derome au Parc Retiro de Madrid

¡Espana! le mardi 4 décembre 2018 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

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