Bohemia : Trio pour piano en fa mineur de Zdenek Fibich

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Par Gabriel Prynn, violoncelliste

Zdenek Fibich (1850-1900) est largement reconnu par les savants comme un des pères de la musique tchèque au même titre que Dvorak et Smetana. Alors, comment a-t-il pu lentement tomber dans l’oubli aux yeux du public?

Fibich a vécu pendant la montée du nationalisme tchèque au sein de l’empire des Habsbourg. Et tandis que Smetana et Dvorak se livraient entièrement à la cause nationale en écrivant consciemment de la musique tchèque avec laquelle la nation naissante s’identifiait fortement, la position de Fibich était plus ambivalente. Cela était dû à ses origines et à son éducation. Le père de Fibich était un fonctionnaire forestier tchèque et les premières années du compositeur furent consacrées à aider son père dans les domaines boisés du noble pour lequel il travaillait. Sa mère, cependant, était une Viennoise d’origine allemande. Comme presque tous les garçons de sa génération (Smetana compris), il a d’abord été envoyé dans une école germanophone. Après ses études de musique à Prague, il passe une année à Paris et conclut ses études à Mannheim.

On peut donc dire que, contrairement à Dvorak ou Smetana, Fibich était le produit de deux cultures, allemande et tchèque.

Il a reçu une véritable éducation biculturelle. Dans ses œuvres instrumentales, Fibich écrivait généralement dans la veine des romantiques allemands, tombant d’abord sous l’influence de Weber, Mendelssohn et Schumann puis de Wagner. Il semble que, comme Tchaïkovski d’ailleurs, Fibich ne voulait pas écrire une musique manifestement nationaliste. Et c’est la raison pour laquelle Fibich n’a jamais été considéré  comme un égal de Dvorak, Smetana ou même Janacek par ses compatriotes.

Pour ce qui est de sa vie personnelle, elle fut moins qu’heureuse : à 23 ans, en 1873, il épouse Ruzena Hanusova et prend la direction d’une chorale à Vilnius, en Lituanie.

On note que son poème symphonique de cette année-là, a sûrement influencé le Má Vlast de Smetana.

Bientôt, les nouveaux mariés attendent des jumeaux, mais Fibich subit la perte de sa femme, de sa sœur et des deux bébés au cours des deux années suivantes. Fibich accepte un travail au théâtre provisoire à Prague et épouse la sœur de sa femme récemment décédée en 1875. Ils ont un fils, Richard, en 1876. Le bébé survit mais leur mariage n’est pas une union heureuse. En 1881, Fibich se consacre à plein temps à la composition et à l’enseignement. Bientôt, il tombe amoureux d’une élève, une chanteuse nommée Anezka Schulzová, et finalement abandonne sa femme et son fils pour elle. Mlle Schulzova était une jeune femme éduquée qui oriente Fibich vers des textes féministe. En effet, de ses quatre derniers opéras, elle a écrit les textes pour trois d’entre eux. Sarka (1897), à propos d’une dirigeante militaire tchèque, fut son œuvre la plus réussie, en partie à cause de son thème patriotique.

Zdeněk Fibich - 21 let
Zdenek Fibich

Le Trio pour piano en fa mineur, quant à lui, date de 1872. Il est la première œuvre de musique de chambre connue de Fibich et fut l’une des premières œuvres qui le porta à l’attention du monde musical praguois. Bien qu’il ait reçu des critiques favorables lors de sa création, Fibich n’a jamais soumis cette œuvre étonnamment mûre pour publication de son vivant et ce n’est qu’en 1908, huit ans après sa mort, qu’elle a finalement été publiée. Ce trio est constitué de trois mouvements.

L’ouverture Molto con fuoco commence avec un thème syncopé très puissant et original. Fait intéressant, presque immédiatement, les cordes apportent des échos de Bohême. Peu de temps après, on donne au piano un passage mémorable aux couleurs tchèques. Le touchant second thème suit sans aucun développement réel.

Très romantique, lyrique et nostalgique, il contraste vivement avec le sujet principal.

Le deuxième mouvement, Adagio ma non troppo, est une longue « chanson sans parole » entièrement donnée aux cordes.

Dans la finale, Vivacissimo, le piano se voit confier la première partie du thème principal au son héroïque. L’entrée des cordes ajoute un élément lyrique. Le deuxième thème, avec ses triolets, créant des hémioles à la manière de Brahms.

En jouant ce trio de Fibich, on remarque la finesse de son travail et l’originalité de ses idées.

Nous sommes ravis de pouvoir lui donner une place dans notre répertoire !

 

Bohemia le vendredi 20 avril 2018 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

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