Chez Balzac : un salon pas comme les autres

Par Mark Homsany

Le dimanche 18 mars 2018, le Trio Fibonacci a présenté son concert « Au salon de Balzac » à la salle Bourgie. Au cours de ce spectacle, le Trio a joué les coups de cœur du romancier français, Honoré de Balzac. Parmi les pièces comptaient des œuvres de Rossini, Beethoven, Marc Hyland et Chopin. 

Le Barbier de Séville : une comédie familière

Le Trio Fibonacci monte sur une scène sombre légèrement illuminée par la lumière traversant les vitraux. Julie-Anne Derome, la violoniste du Trio, nous fait part de son appréciation de Balzac en présentant le concert : « Balzac a dit qu’il souhaitait être Beethoven. Et moi, j’aurai souhaité être Balzac ». La violoniste poursuit en présentant l’auteur de la première pièce du concert, l’ouverture du Barbier de Séville, Gioachino Rossini : « Rossini a écrit 38 opéras. Il a arrêté après 38 parce qu’il était devenu trop riche », dit-elle en riant. Elle poursuit en racontant une anecdote concernant Rossini et Beethoven : « Beethoven, lorsqu’il avait 51 ans, a rencontré Rossini âgé de 30 ans. Beethoven a encouragé Rossini et l’a félicité pour ses excellents opéras en lui disant : “’Tu te ferais violence si tu composais autre chose que des opéras buffa”’. »

L’ouverture du Barbier de Séville est une de ces pièces emblématiques que tout le monde connaît sans le savoir. Ceux qui regardaient les Looney Toons quand ils étaient petits se souviennent de la parodie mettant en vedette Bugs Bunny et Elmer Fudd. Le Trio a toutefois interprété la pièce avec beaucoup de sérieux. Gabriel Prynn, le violoncelliste, Steven Massicotte, le pianiste, et Derome ont joué la pièce avec intensité et précision. Le Trio n’a tout de même pas oublié que la pièce est tirée d’une comédie : l’intensité et la précision ont mis en valeur l’humour de la pièce. La complicité ; les phrases appels et réponses entre Derome, Prynn et Massicotte créent des contrastes inattendus qui font rire davantage. En regardant cette prestation, on peut facilement se rappeler Bugs Bunny raser Elmer Fudd avec de la crème fouettée et lui mettre des fruits sur la tête.

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Beethoven invoque les esprits

Le Trio Fibonacci poursuit avec le Trio op. 70 no° 1 « Les esprits » de Beethoven. « Le style le plus populaire à l’époque à Paris était l’opéra. Beethoven était moins accessible, car son style était plutôt intellectuel, dérangé et obsessionnel », nous rappelle Prynn. « Le nom de la pièce vient de l’élève de Beethoven, Czerny, car la pièce lui rappelait les fantômes d’Hamlet ». Le premier mouvement, Allegro vivace e con brio, se caractérise par le jeu puissant de Massicotte faisant contraste avec le jeu délicat de Prynn et Derome. Le deuxième mouvement, Largo assai ed espressivo, donne au titre de la pièce tout son sens. Il commence avec une partie mystérieuse, se poursuit avec une avec des sons menaçants et se termine sur un ton triste, désolé. Le troisième mouvement, Presto, est plutôt joyeux et contient un thème, une des marques de commerce de Beethoven.

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Les nombres chantants de Hyland

Le Trio quitte la scène pour l’entracte et revient pour présenter Chants du signe de Marc Hyland. Aussitôt que Derome prononce le nom de la pièce, Steven Massicotte, sourire aux lèvres, joue Le chant du cygne de Camille Saint-Saëns. « Non ! Signe avec un S ! », s’exclame Derome. Elle poursuit en expliquant la pièce : « Chants du signe s’inspire de la suite de Fibonacci. Hyland fait chanter les nombres ». En plus de faire chanter les nombres, Chants du Signe incorpore une vaste gamme de techniques pour les instruments à cordes. La pièce débute par un solo de violon dans lequel Derome joue des doubles-cordes dissonantes. Prynn accompagne la violoniste avec un bourdon hypnotique. Plus tard, Prynn et Derome jouent en harmonie des notes en pizzicato. C’est ensuite au tour de Prynn de jouer un solo. Il produit des mélodies intrigantes à l’aide de notes veloutées. Après ce solo, les spectateurs ont le plaisir d’entendre un troisième solo, cette fois-ci, joué par Derome. Elle fait siffler son violon  pendant que Prynn fait hurler son violoncelle comme un loup. Le jeu complexe de Derome et Prynn donne à la pièce un air mystérieux. À la fin de la pièce, Hyland se lève, monte sur la scène et serre la main des membres du Trio.

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Les devoirs de Chopin

Pour terminer le concert, Massicotte prend le micro et présente Trio en sol mineur op. 8 de Frédéric Chopin. « Chopin est un personnage emblématique de la pianomanie », dit Massicotte. « Chopin a écrit Trio en sol mineur op. 8 à l’âge de 18 ans. Vous allez maintenant entendre un des devoirs de Chopin ». En écoutant cette pièce, on peut manifestement voir que Chopin prenait ses devoirs au sérieux. Elle est tantôt douce, tantôt dramatique. Cette pièce met en valeur la virtuosité de Massicotte avec ses longues phrases mélodieuses au piano.

Au salon de Balzac, même si on y joue de la musique de chambre, la musique ne se fond pas dans le décor. Le choix des pièces et la virtuosité du Trio Fibonacci captent l’attention de l’auditoire. Dans ce salon, on rit, on réfléchit, on s’étonne, on s’émerveille.

 

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