Athéna : les femmes, les compositrices

Par Mark Homsany

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Le Trio Fibonacci a rendu hommage à des compositrices le vendredi 29 septembre dans son concert Athéna à la salle Bourgie. Dans ce premier concert de la saison, le Trio a joué des pièces écrites par des femmes marquantes du XIXe et XXe siècle ainsi que du siècle actuel.

La condition des femmes dans la musique classique

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Le Trio Fibonacci commence la soirée par une table ronde. Julie-Anne Derome, la violoniste du Trio, monte sur scène avec la luthière Isabelle Wilbaux, la compositrice Marie-Pierre Brasset et Emanuelle Majeau-Bettez, musicologue et animatrice de la table ronde.

« J’ai eu l’idée de présenter ce concert en lisant un article sur Louise Farrenc dans le New York Times », affirme Derome.

« Elle s’est battue pour l’équité salariale au XIXe siècle ! », s’exclame la violoniste. Elle poursuit en affirmant : « Même si elle était connue et respectée à son époque, surtout en tant que professeure, son nom est absent du Guide de la musique de chambre. » Selon Derome, le manque de reconnaissance envers l’œuvre de Farrenc est aussi attribuable aux modes. Farrenc composait de la musique instrumentale en France à une époque où l’opéra était le genre le plus populaire.

Marie-Pierre Brasset constate le nombre peu élevé de femmes dans les programmes universitaires en composition : « C’est peut-être parce qu’il y a peu de modèles [féminin]. Les compositeurs qu’on nous présente sont des hommes. » Toutefois, Brasset n’a jamais ressenti de discrimination : « Je ne me suis jamais sentie inférieure parce que j’étais une femme. » La compositrice croit aussi que les femmes sont moins présentes en composition pour des raisons financières : « L’émancipation des femmes passe surtout par les moyens financiers. Ce n’est pas vrai en composition : on ne gagne pas sa vie facilement. » En dépit du petit nombre de compositrices connues, Isabelle Majeau-Bettez trouve qu’il y a du progrès : « Quand j’ai fait mes études il y a 30 ans, 25 % des étudiants en composition étaient des femmes. Maintenant, c’est 50 %. »

Présentation d’œuvres de femmes d’hier et aujourd’hui

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Gabriel Prynn, violoncelliste, et Steven Massicotte, nouveau pianiste du Trio, rejoignent ensuite Derome sur scène pour présenter la création de L’amoureux de Marie-Pierre Brasset. Massicotte donne un avant-goût de la pièce en présentant la carte de tarot, l’amoureux, dans l’arrière-plan : « Trois personnes sont présentes sur cette carte de tarot. Laquelle parmi eux est l’amoureux ? C’est ambigu. » Brasset s’est inspirée de cette carte pour représenter l’ambiguïté en musique. Massicotte commence la pièce par des accords caverneux et dramatiques. Derome et Prynn ont joué des notes stridentes et ont fait hululer leurs instruments avec leurs vibratos. La tonalité et le rythme irréguliers suscitaient le mystère et… l’ambiguïté. Première réussie.

Prynn quitte la scène pour laisser Derome et Massicotte présenter Trois romances opus 22 de Clara Schumann. Sur l’écran derrière les musiciens, une toile représentant Schumann et Joseph Joachim, violoniste pour qui la pièce a été écrite, apparaît. « Je suis très émue de présenter Trois romances, car c’est un souvenir très vivant », déclare Derome. La pièce et l’interprétation du Trio Fibonacci sont émouvantes en effet. Cette pièce romantique est tantôt joyeuse, tantôt triste, mais toujours tendre.

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Les musiciens quittent la scène et y reviennent. Massicotte se souvient que la prochaine pièce, Imaginary Garden IV… beyond de Hope Lee, n’est pas pour piano et retourne dans les coulisses. La foule ricane. Tantôt un duel, tantôt une conversation, les trémolos et les pizzicatos du violon et du violoncelle s’harmonisent à certains moments, et à d’autres, se répondent. À la fin de cette prestation, Hope Lee, assise sur le balcon, se lève en arborant un grand sourire. Elle applaudit fort et envoie un baiser au Trio.

Le concert se poursuit avec D’un matin de printemps de Lili Boulanger. Cette compositrice a gagné le prix de Rome la première année qu’il a été ouvert aux femmes. Elle est morte à l’âge de 25 ans. « Je ne peux pas être triste, car la musique de Lili est joyeuse. », affirme Prynn avant de jouer la pièce. Il hoche la tête joyeusement en jouant cette pièce rythmée et allègre. La foule applaudit très fort.

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Le Trio Fibonacci termine le concert avec Trio no 1, opus 33 de Louise Farrenc. « Son style est classique et romantique plutôt que typique du XIXe siècle. », explique Massicotte. La pièce mêle habilement l’élégance de l’ère classique à l’émotion de l’ère romantique.

Un message bien passé

Le concert Athéna est digne d’une déesse. Il démontre que les compositrices peuvent être aussi intéressantes que les compositeurs. Derome prétend que la musique des femmes ne se catégorise pas et le démontre aussi. La violoniste aimerait aussi présenter un concert sur « d’autres femmes intéressantes. » La suite d’Athéna devrait être intéressante.

 

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