Artistes migrateurs 2/3 : Villa-Lobos & Rachmaninov

Artistes migrateurs 2/3 : Villa-Lobos et Rachmaninov

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

Heitor Villa-Lobos (1887-1959) : Trio no3 (1918)

L’œuvre la plus connue de Villa-Lobos demeure sa Bachianas brasileiras, pour voix et 8 violoncelles.

Mais on peut dire sans hésitation qu’aucun de ses prédécesseurs des continents américains n’eut sa stature.

Par la puissance créatrice et la force de sa personnalité, il s’est affirmé comme un des grands noms de la musique mondiale du 20e siècle.

Sa formation musicale commence, contre le gré de sa famille, par une «migration vers l’intérieur» : il rencontre des musiciens populaires de Rio et improvise avec eux. Presque entièrement autodidacte il dit en effet que son premier traité d’harmonie «fut la carte du Brésil».

Au cours des années 1907-1910, après avoir suivi quelques cours à l’Institut national de musique, il entreprend des voyages ethnomusicologiques dans la forêt amazonienne. Il transcrit également les thèmes des chants amérindiens, s’imprègne des rythmes des Noirs de Bahia, des chants populaires urbains et ruraux.

De retour à Rio en 1912, il continue d’étudier les compositeurs classiques et romantiques et Wagner et Puccini comptent parmi les compositeurs qui l’influencent. Le troisième des quatre trios à clavier de Villa-Lobos fut achevé en 1918 et se démarque par son exploration de sonorités inusitées aux cordes. Nous sommes à une période particulièrement captivante de la vie créative du compositeur, juste avant son premier voyage à Paris qui déclenchera une longue période de déplacements et de projets de tournées qui feront de lui un véritable citoyen du monde. Néanmoins, il jouera plus tard un rôle majeur dans les institutions musicales de son pays natal.

Ce troisième trio dégage toute la fraicheur et l’originalité frappante d’un jeune compositeur prêt à partir dans un voyage de découverte.

Un thème traditionnel brésilien, annoncé par le violoncelle tout au début comme une invitation à la danse, domine le premier mouvement.

 

Sergueï Rachmaninov (1873-1943): Vocalise

Rachmaninov, comme tant d’artistes russes et ceux d’origine bourgeoise, a laissé sa Russie natale dans le chaos de la révolution de 1917. Sa vie et sa musique resteraient éternellement immergées dans le profond regret d’avoir été obligé de quitter sa patrie. Ainsi sa musique nous offre un aperçu fascinant des complexités et des contradictions de l’âme russe, tout comme les œuvres monumentales de la littérature de ce pays.

Son œuvre dans son ensemble se compose essentiellement de pièces écrites pour son propre usage (il était un des grands pianistes de son époque), d’une grande virtuosité, dans un style postromantique.

L’effet « carillonnant » de son écriture pianistique lui est bien personnel. Nous trouvons que l’impact émotionnel de ses œuvres prend sa source dans son invention mélodique et la générosité de ses textures sonores certes, mais aussi du fond de douleur et de la nostalgie qui imprègne ses œuvres. Rachmaninov a vécu un véritable déchirement existentiel en quittant son pays natal et, en écoutant sa musique, on le sent.

La Vocalise est une chanson composée et publiée par Rachmaninov en 1915 comme la dernière de ses Quatorze chansons, Op. 34. Écrite pour voix haute (soprano ou ténor) avec un accompagnement de piano, elle ne contient curieusement aucun mot, mais est chantée en utilisant n’importe quelle voyelle du choix de la chanteuse. Elle a été dédiée à la soprano Antonina Nejdanova. En cette année de 1915, la Russie était encore fortement impliquée dans la Première Guerre mondiale et la Russie traditionnelle était au bord de la destruction et de la révolution.

La Vocalise, ainsi que les Vêpres composées la même année, est profondément spirituelle et semble parler avec passion d’une civilisation déjà en train de sombrer dans l’oubli.

C’est sans doute l’une des œuvres les plus mémorables de Rachmaninov et il l’a arrangé pour une multitude d’instruments, y compris pour trio avec piano, la version que nous allons jouer dans ce concert. Dans son arrangement instrumental, on constate que la Vocalise suit très bien la tradition de la «chanson sans paroles», établie par Mendelssohn à l’époque romantique. L’ambiance mélancolique qui prédomine se ressent en partie en raison de son affinité avec la mélodie « Dies irae » – le thème du chant grégorien qui raconte la fin du monde au moment du Jugement dernier.

Artistes migrateurs le samedi 4 mars 2017 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

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