Artistes migrateurs 1/3

Artistes migrateurs 1/3 : Manuel Maria Ponce

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

Ce troisième concert de la saison fait écho à l’actualité des migrants : nous interprèterons la musique des compositeurs qui ont à leur tour quitté leurs pays, qu’ils soient russe (Rachmaninov), brésilien (Villa-Lobos), mexicain (Ponce) ou encore tchèque (Dvorak). Comme aujourd’hui, certains artistes ont choisi de quitter leur pays – pour le travail, pour les études, ou pour trouver une vie meilleure. D’autres étaient forcés de partir.

Pendant notre exploration du sujet de la migration vu à travers le prisme de la musique, nous avons remarqué que pour certains compositeurs l’expérience de la migration a pu teinter leurs œuvres des couleurs de leur pays d’adoption. Ou au contraire, ce déplacement a renforcé leurs liens avec leur pays d’origine ou leur folklore, un profond sentiment de nostalgie s’imposant alors dans leurs compositions.

Bref, nous souhaitons mettre en perspective le sujet très actuel de l’identité culturelle et des frontières, mais en lui donnant une saveur nouvelle toute musicale.

 

Vers le vieux continent …

On voit que l’optimisme des premières années du 20e siècle a cédé rapidement sa place à un âge de bouleversements sans pareil – la naissance de la mondialisation, des conflits internationaux, des crises politiques, économiques et écologiques. Mais avec ces crises mondiales est venue aussi une véritable explosion de créativité.

Au Nouveau Monde, cette inventivité a pris entre autres la forme d’une attirance vers le folklore et l’art musical populaire, comme en témoignent les musiques de Manuel Ponce, de Heitor Villa-Lobos. On voit alors deux mondes qui s’entrechoquent : le vieux continent avec ses traditions, et le « melting-pot » des Amériques

Manuel Ponce (1882-1948) : Trio Romantico (1912)

Manuel Maria Ponce a quitté sa terre natale du Mexique en 1904 pour se former en Italie et en Allemagne. Ce magnifique trio, injustement négligé à nos yeux, nous montre un jeune compositeur qui est à la fois héritier d’une riche tradition romantique et à la recherche d’une voix plus personnelle informée par ses origines. Au cours de sa carrière, il passera du nationalisme à l’impressionnisme pour finalement écrire, dans la dernière période de sa démarche créatrice, des œuvres qui comptent parmi les plus importantes du modernisme latino-américain.

Selon le guitariste virtuose espagnol Andrés Segovia, qui est devenu son ami et son défenseur, c’était bien Ponce qui a donné un nouveau souffle au répertoire de la guitare et l’a ainsi rétablie comme instrument de soliste. Les recherches et l’archivage de Ponce dans le domaine de la chanson traditionnelle mexicaine sont aussi remarquables.

Son Trio Romántico date de 1912, une année déterminante pour Ponce : il encourage ses élèves à présenter pour la première fois au Mexique la musique de Debussy, ce qui assure sa place dans l’avant-garde mexicaine. Ses propres concerts donnés la même année, avec le compositeur lui-même au clavier, lui permettent de devenir une figure majeure de la vie musicale de son pays.

Le Trio Romántico est en effet la première composition de musique de chambre d’envergure de Ponce et représente le summum de sa période romantique. Commencé en 1904 pendant son premier séjour en Europe, il le termine à Mexico huit ans plus tard. La création de l’œuvre a eu lieu en juillet 1912 à Mexico, dans le cadre d’un concert consacré à sa musique.

Ce concert ambitieux représentait un tournant dans l’histoire de la musique mexicaine, d’une part parce que des formes à grande échelle ont été définitivement ajoutées au répertoire de concert mexicain, et de l’autre parce que cela a marqué le début du nationalisme dans la musique classique mexicaine par son utilisation d’éléments folkloriques.

L’évolution du style de Ponce se remarque d’une certaine manière d’un mouvement à l’autre de ce Trio Romántico. Le premier mouvement reste dans une forme sonate plutôt traditionnelle. Ponce se permet pourtant une grande liberté dans le maniement de ses thèmes. On remarque que son utilisation de chromatisme dans la basse conduit souvent des lignes mélodiques vers des tonalités éloignées.

Le deuxième mouvement, Andante Romantico, évoque, par la simplicité de ses harmonies et sa métrique ternaire, la tradition de musique de salon établie au Mexique à la fin du 19e siècle.

Le Scherzo commence par un dialogue enjoué en mode mineur entre piano et cordes qui fait place à une musique rêveuse, intime et nostalgique en mode majeur dans la partie centrale du mouvement.

Le dernier mouvement juxtapose deux traits musicaux contrastants : une musique contrapuntique et ténébreuse ponctuée par des sections Lentamente d’une touchante expressivité.

Bref, une œuvre riche en couleurs et d’émotions, mais parfois teintée par la naïveté charmante d’un jeune compositeur qui se cherche à une époque charnière dans la vie culturelle de son pays.

 

Artistes migrateurs le samedi 4 mars 2017 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

 

Artistes migrateurs 2/3

Artistes migrateurs 3/3

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