Un Noël en trio 3/3: Ives

Un Noël en trio 3/3 : Chant de Noël de Charles Ives

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

Lorsqu’il était enfant, le compositeur américain Charles Ives (1874-1954) fut encouragé à s’asseoir sur la grande place de sa ville natale de Danbury, dans le Connecticut, et écouter simultanément la fanfare de son père et d’autres groupes de musiciens qui marchaient dans les rues autour, leurs sonorités et leurs tonalités se mêlant et se jouant les unes contre les autres. Le père d’Ives lui a, en effet, appris à adopter une approche ouverte à la théorie musicale, l’incitant à expérimenter dans l’harmonisation bitonale et polytonale.

Cela dit, Ives est si fortement lié, à nos yeux, à l’innovation et à l’expérimentation , qu’il est facile de négliger sa maîtrise des formes traditionnelles.

Avant de commencer ses études à l’université de Yale en 1894 (ou peut-être au début de sa première année), Ives a écrit son Chant de Noël, petite œuvre modeste, gracieuse et tendre que nous avons arrangée pour des cordes avec piano pour ce concert.

Malgré sa brièveté, l’auditeur n’a pas l’impression qu’il s’agit ici du travail immature d’un compositeur novice. Si cette œuvre ne se distingue pas par son originalité, elle est clairement au niveau de ce que les meilleurs compositeurs d’Amérique et d’Europe auraient accompli dans le même état d’esprit, c’est-à-dire une chanson entièrement professionnelle, facile à chanter et attrayante, dans l’ambiance appropriée pour la saison de Noël.

Paradoxalement, il nous semble probable que si ce pionnier de la musique moderne avait adhéré à un style de composition aussi accessible, plutôt que de consacrer ses efforts à développer un nouveau langage musical radical et à gagner sa vie dans le domaine des assurances-vies (dont il fut l’inventeur par ailleurs), il aurait reçu une plus grande reconnaissance de son vivant.

La chanson elle-même est dans la clé pastorale de fa majeur (nous pensons inévitablement à la Symphonie pastorale de Beethoven, la 6e, dans la même tonalité), dans une métrique de 6/8, qui crée naturellement une sensation de balancement.

Son rythme a effectivement toute la douceur d’une berceuse et sa mélodie intime est comme une sérénade. Pensant aux interprètes locaux qui auraient pu le chanter, Ives emploie ici une mélodie avec un ambitus restreint, d’une portée de moins d’une octave, la ligne mélodique évitant les sauts plus grands que l’intervalle d’un tiers majeur.

La simplicité touchante de la mélodie, soutenue discrètement par un accompagnement harmonieux au piano, donne une qualité intemporelle, presque antique à cette musique.

Un Noël en trio le mardi 6 décembre 2016 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

 

Un Noël en trio 1/3

Un Noël en trio 2/3

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