Trilogie Haydn, Beethoven et Mendelssohn 3/3

Trilogie 3/3 : Beethoven Trio en si bémol majeur OP. 97 «À l’archiduc» (1811)

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

Notre impression de la musique de Beethoven est qu’elle est trop reliée à la personnalité de son créateur pour faire école ou souffrir qu’on la copie. En fait, personne, après Beethoven, ne pourra plus jamais écrire comme avant. On dirait même que son œuvre tranche l’histoire de la musique comme la prise de la Bastille tranche l’histoire politique !

Vous serez cependant peut-être surpris d’apprendre que l’œuvre de Beethoven n’a jamais joui d’une gloire tranquille. Il faut noter l’existence, quasi permanente, bien que de formes variées, d’une opposition à Beethoven parmi les professionnels de la musique de son époque. Cette opposition ne vise certes pas son génie, mais bien le but que poursuit sa musique. Ce qu’on lui reproche finalement, c’est d’avoir fait de son œuvre un moyen au service d’une fin autre que la beauté musicale elle-même : la vie.

Quand, par exemple, son violoniste Schuppanzigh se plaignait qu’une de ses œuvres était particulièrement difficile à rendre, Beethoven lui a répondu « Croyez-vous que, quand la muse me vient, je pense à ton misérable petit violon !? ». Il écrivait la musique qui, selon lui, devait être écrite, sans se soucier des pressions de ses musiciens et très rarement écoutant les conseils de ses mécènes.

En cela, on peut le considérer comme le premier compositeur moderne.

Dans les mots de Schubert :

« Il sait tout, mais nous ne pouvons pas tout comprendre encore, et il coulera beaucoup d’eau dans le Danube avant que tout ce que cet homme a créé soit généralement compris. »

On se rappelle que les derniers quatuors à cordes de Beethoven – souvent considérés comme ses œuvres les plus difficiles, autant pour le public que pour les interprètes – n’ont été joués en France qu’une bonne génération après sa mort.

Ludwig van Beethoven a employé son énergie et son enthousiasme dans presque tous les modèles de la musique classique, des épopées symphoniques à l’opéra et la musique de chambre sous ses diverses formes. Le Trio en si bémol date de sa grande et héroïque période centrale, souvent appelée sa « seconde manière ». En effet, dans sa musique de chambre, ses œuvres essentiellement lyriques et pensives trouvent leurs contreparties dans un groupe de chefs-d’œuvre écrits durant les années 1808 à 1812 dont le plus noble et le plus spacieux de tout demeure le Trio opus 97 dit « À l’Archiduc ».

L’Archiduc en question n’était autre que Rodolphe, le frère cadet de l’Empereur d’Autriche, un pianiste plus que passable et l’un des élèves à qui Beethoven enseignait la composition. Beethoven récompensa la générosité et dévotion de son mécène Rodolphe en lui dédiant une succession d’œuvres – une liste qui fait sûrement de lui un des dédicataires les plus richement nantis de l’histoire de la musique.

L’archiduc Rodolphe d’Autriche (1788-1831)

Le climat calme et ample du début du Trio opus 97 est dû à son thème initial glorieux, dont l’évolution harmonique étendue se teinte de grandeur et de tendresse. Adoptant la proportion spacieuse de tout le mouvement, le thème est énoncé à deux reprises, paré d’une riche texture pianistique la première fois, varié et étendu, réalisé pleinement pour le trio, la seconde. Beethoven crée ici une richesse et une profondeur de sonorité qui sont l’un des traits caractéristiques de cette œuvre. Dans la section consacrée au développement des éléments présentés dans l’exposition du mouvement, on est invité à suivre des dialogues tranquilles entre le violon et le violoncelle ou les cordes et le piano.

À un premier mouvement généreux et lyrique, Beethoven aimait particulièrement juxtaposer un Scherzo espiègle, laconique, légèrement emporté, qui est également le cas ici.  Après la texture dépouillée des cordes vient un Ländler détendu et convivial. Changement radical d’ambiance par la suite : le violoncelle annonce un fugato (musique contrapuntique) chromatique et mystérieux, suivi par une valse de salon flamboyante.

Pour l’Andante cantabile, Beethoven se place en ré majeur, une tonalité lumineuse par rapport à la précédente. Il s’agit d’un des rares mouvements lents suivant le modèle  Thème et Variations du Beethoven de cette époque. Cette série de méditations sur un thème aux allures d’hymne d’une simplicité sublime laisse préfigurer les finales transcendantes des Sonates tardives pour piano. Comme à son habitude, Beethoven s’amuse à tirer brusquement l’auditeur d’une contemplation éternelle vers l’univers robuste de l’action : on passe directement au thème dansant du rondo final sans arrêt, nous plongeant dans la gaieté de musique de café viennoise.

Cet Allegro transmet une forte sensation de galanterie qui est peut-être inégalée par tout autre trio dans le répertoire.

 

Trilogie Haydn, Beethoven et Mendelssohn le mardi 11 octobre 2016 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

Trilogie Haydn, Beethoven et Mendelssohn 1/3

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