Trilogie Haydn, Beethoven et Mendelssohn 2/3

Trilogie 2/3 : Mendelssohn Trio n°1 en ré mineur OP. 49 (1839)

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

On dit de Mendelssohn qu’il était le plus classique des compositeurs romantiques. Il est certain que si l’on compare Mendelssohn avec les autres compositeurs nés vers la même année – Wagner, Chopin, Liszt, Schumann, Verdi – il y a chez lui une élégance, une magnifique symétrie dans ses phrases musicales qui font en sorte que le passage du classicisme apollinien vers le romantisme dionysiaque, tout en gardant un lien avec les grands compositeurs du passé, notamment J.S. Bach, se fait toute en douceur et de manière bien séduisante à nos yeux.

Le succès de son premier trio a été marqué par une mention élogieuse de son ami Schumann, qui l’a valorisé comme « le maître trio de notre époque » et sur un pied d’égalité avec Beethoven et Schubert. Les longs thèmes glorieux du premier mouvement de cette œuvre, qui se construisent sur de multiples couches, renoncent à ses modèles classiques, donnant au piano une partie élaborée qui dépasse presque les capacités du pianoforte de l’époque.

Un éventail de textures, riche en contrepoint, tisse conversations chantantes, harmonies vives et mélodies dynamiques et expansives, enrichissant ainsi la narrative de la forme sonate.

L’inspiration derrière la mélodie du piano dans l’introduction du second mouvement puise ses sources dans les célèbres Romances sans paroles de Mendelssohn et donne le ton pour une route aussi sinueuse que lyrique. L’aérien et capricieux Scherzo – une autre spécialité du compositeur – fait écho de son ouverture Songe d’une nuit d’été, avec des figurations rythmiques enjouées, vibrantes d’énergie, suivies d’un épisode intermédiaire intense qui suggère une bataille entre les cordes. Et un retour dans l’air léger pour terminer le mouvement.

Le finale commence tranquillement, sombrement, en mode mineur, avant de nous lancer dans un récit émouvant où l’ensemble jongle entre les traits de virtuosité et les mélodies ardentes menant à une fin triomphale en mode majeur.

Henry Fothergill Chorley, auteur et critique anglais, ami et admirateur enthousiaste de Félix Mendelssohn, entreprend un voyage avec lui en Suisse en 1847 (Mendelssohn était déjà gravement malade et mourra quelques mois plus tard). Ils décident d’entrer dans l’église du village où ils se trouvent. Il y a là un petit orgue. Chorley décrit la suite dans son livre Les derniers jours de Félix Mendelssohn-Bartholdy :

 Paysage suisse, Guttannen-Haslital, 1847, par Félix Mendelssohn.
Paysage suisse, Guttannen-Haslital, 1847, par Félix Mendelssohn.

  « Le maître s’assit au clavier, et nous étions loin de nous douter qu’il mettait pour la dernière fois ses doigts sur les touches d’un orgue. Il commença une improvisation. En entendant ce jeu grandiose et magnifique, je sentais instinctivement que je prenais pour jamais congé du plus grand musicien moderne. Il me paraissait plus remarquable que jamais, cet homme sage, aimable, bien doué, vieux par l’expérience, mais jeune par la vivacité de son imagination et de sa sensibilité.

Il donnait et recevait un plaisir qu’il tirait d’un fonds qui ne fut jamais plus riche en belles pensées et en sublimes modulations. On voit la fin de telles choses : on ne les oublie pas. »

Trilogie Haydn, Beethoven et Mendelssohn le mardi 11 octobre 2016 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

Trilogie Haydn, Beethoven et Mendelssohn 1/3

Trilogy Haydn, Beethoven et Mendelssohn 3/3

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