Concert mystique 2/3 Arvo Pärt et Hildegarde de Bingen

Concert mystique 2/3

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

Le postmodernisme et le minimalisme spirituel

Le corpus d’œuvres contemporaines qui revisitent les musiques du passé, souvent sous la forme d’une réécriture de celles-ci, est grand. Il est conforme à une approche qui est souvent décrite comme postmoderne, laissant croire qu’on parle d’un mouvement qui a vu le jour après le modernisme proposé par certains compositeurs d’après-guerre, tels Boulez et Stockhausen, et représente une réaction directe à ces derniers.

Cela est vrai, mais le postmodernisme en musique est plus une attitude qu’un style. On y trouve certaines caractéristiques précises, notamment un ton ironique dans beaucoup de cas ou un questionnement de la barrière traditionnellement reconnue dans notre culture entre musiques dites savantes et musiques populaires. Le postmodernisme en musique peut englober bien des contradictions.

Il se démarque par un retour à la mélodie, l’emploi de la répétitivité (un départ radical des principes du sérialisme instauré par Schoenberg) et une prédilection pour la citation et le collage.

Dans le cas de Sinfonia de Luciano Berio (1968) par exemple, qui contient des citations aussi diverses que Bach, Schoenberg, Beethoven, Mahler, Brahms et Boulez, nous sommes dans un registre décidément ludique. D’autres œuvres du genre ont un ton plutôt révérencieux, voire nostalgique.

Le Mozart-Adagio pour trio à clavier d’Arvo Pärt (1992) appartient à cette dernière catégorie. La pièce a été écrite à la mémoire d’Oleg Kagan, qui était un ami d’Arvo Pärt et l’un des principaux violonistes de la Russie.

Kagan avait une affinité particulière avec la musique de Mozart et le compositeur immortalise le violoniste ici en transcrivant l’un des mouvements les plus touchants des sonates de jeunesses de Mozart, l’Adagio de la Sonate en fa majeur, K.280.

La musique de Pärt reste fidèle aux principes de ce qu’on appelle parfois le minimalisme spirituel, c’est-à-dire une écriture qui se limite à une palette mélodique, harmonique ou tonale délibérément restreinte, souvent dans les nuances douces, évoquant ainsi une prière, une plainte intime ou un chant lointain. La troisième symphonie de Gorecki serait un autre bon exemple de ce style. Pour ce qui est du Mozart-Adagio de Pärt, l’intervalle du second mineur revient avec insistance dans le mouvement original composé par Mozart.

En déplorant la perte de son ami, Arvo Pärt semble prendre cette dissonance comme symbole de la douleur qui pénètre la pièce entière.

 

arvo pärt
Arvo Pärt

 

Un sentiment religieux tout musical – du moyen âge à la modernité

Née en 1098 à Bermersheim, dans l’ouest de l’Allemagne (ses ancêtres étaient barons du lieu), Hildegarde de Bingen fut confiée, à huit ans, aux bénédictines de Disibodenberg. À quinze ans, elle reçut le voile des moniales et, à trente-huit ans, fut élue abbesse en 1136. Notons qu’à l’époque, être confiné dans une cellule de religieuse pour ainsi se dévouer à Dieu pour toute sa vie était considéré comme un privilège généralement réservé aux filles de familles nobles.

Hildegarde de Bingen a joui de son vivant d’un prestige extraordinaire grâce à ses visions, qu’elle exposa dans trois livres principaux : Connais les voies du Seigneur, qui présente la doctrine chrétienne en tableaux allégoriques; le Livre des mérites, une œuvre morale soutenue par une riche imagerie symbolique et le Livre des œuvres divines, une œuvre d’ordre plus scientifique. Hildegarde avait bien sûr un savoir étendu, accompagné par une personnalité forte et indépendante. Elle a laissé plus de trois cents lettres énergiques et clairvoyantes adressées à de grands personnages de son temps, notamment au pape et à l’empereur.

hildegarde de bingen
Hildegarde de Bingen

Hildegarde a composé plus de soixante-dix chants liturgiques, hymnes et séquences. L’ensemble de ses œuvres vocales forme la collection Symphonia harmoniae celestium revelationum (Symphonie de l’harmonie des révélations célestes). Leur originalité a poussé de nombreux ensembles vocaux récents à les programmer, parfois en les juxtaposant à des œuvres contemporaines.

Pour ce concert, nous avons choisi de redonner vie à cette musique ancienne en transcrivant la magnifique chanson O viriditas digiti Dei (Ô verts doigts de Dieu), œuvre pour voix féminines seules traditionnellement accompagnées par un bourdon sur vielle (violon médiéval), au violon moderne, soutenu par des sons préenregistrés.

Cette chanson est un hommage à Disibod, moine irlandais du VIIe siècle dont Hildegarde fut la biographe.

Le 28 mai 2012, le pape Benoît a annoncé la proclamation d’Hildegarde de Bingen comme docteur de l’Église (une « canonisation équipollente »), faisant d’elle seulement la quatrième femme docteur de l’Église catholique de l’histoire, après Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux.

Il est possible de s’immerger dans l’art musical de Sainte Hildegarde grâce aux enregistrements produits par l’ensemble Sequentia en 1998 pour souligner le 900e anniversaire de sa naissance. Ils couvrent la totalité de son œuvre musicale :

Hildegard Saints
Cliquez sur l’image pour écouter

En 2009, un film de la réalisatrice allemande Margarethe von Trotta est sorti intitulé Vision – de la vie de Hildegarde de Bingen, qui s’inspire de sa remarquable vie.

 

Concert mystique le 20 février 2016 à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal

Concert mystique 1ere partie

Concert mystique 3e partie

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