Nuit de Noël 4/4 Schoenberg et Liszt

Nuit de Noël 4/4

Par Gabriel Prynn, violoncelliste

English Version

La Nuit transfigurée de Schoenberg

La Nuit transfigurée de Schoenberg (1874-1951), composée en 1899, date de sa toute première période, une œuvre de jeunesse grandement influencée par Mahler. On y perçoit également l’empreinte de Wagner, certains enchaînements harmoniques et lignes mélodiques évoquant fortement son opéra Tristan und Isolde.

La version pour trio de la Nuit transfigurée a été composée par le pianiste et protégé de Schoenberg, Eduard Steuermann, avec la bénédiction du compositeur.

Elle conserve toute la luminosité et la richesse de textures de l’original pour sextuor à cordes.

7 schoenberg avec steuermann
Schoenberg et son protégé, Eduard Steuermann – 1920

Le déclencheur poétique de l’œuvre fut le poème éponyme du poète allemand Richard Dehmel qui raconte le pouvoir transformateur de l’amour et du pardon, rappelant le message de la naissance et de la vie du Christ.

Plus précisément, le poème décrit une promenade nocturne d’un couple dans une contrée froide et désolée. La femme avoue qu’elle attend un enfant d’un autre. L’homme qui l’accompagne insiste sur l’importance de sa maternité et lui assure qu’il est disposé à faire sien cet enfant.

Ils continuent de marcher, sous le clair de lune, désormais heureux et se baignant dans la lumière rayonnante d’une « nuit transfigurée ».

Deux personnes vont dans la forêt, chauve et froide.

La lune les accompagne, ils regardent en soi.

La lune passe aux dessus des hauts chênes,

Pas un nuage ne trouble la lumière céleste

Vers laquelle les fagots noirs s’étendent;

La voix d’une femme parle.

 

« Je porte un enfant et pas de toi,

Je vais à côté de toi dans le péché;

Je me suis gravement compromise,

Je ne croyais plus au bonheur

Et j’avais pourtant un lourd désir

D’une raison de vie, de bonheur maternel

Et de devoir, puis je me suis affranchie.

 

J’ai alors toute frémissante

Laisser posséder mon sexe par un étranger,

Et pour cela je me suis encore bénite.

Maintenant la vie s’est vengée,

Maintenant je t’ai rencontré, toi, ô toi. »

 

Elle va d’un pas incertain.

Elle relève le regard, la lune la suit.

Son regard sombre se noie dans la lumière.

La voix d’un homme parle.

 

« Que cet enfant qui est conçu

Ne soit pas une charge pour ton âme.

O regarde comme l’univers brille clairement!

Il y a un lustre de toute part.

Tu chasses avec moi sur la mer glaciale,

Mais une propre chaleur rayonne

De toi en moi, de moi en toi.

 

Elle va transfigurer l’enfant étranger.

Tu vas l’enfanter pour moi, de moi,

Tu as apporté un éclat de lumière en moi,

Tu m’as moi-même refait enfant. »

 

Il embrasse sa forte taille,

Leur souffle se mêle dans les airs.

Deux personnes vont dans la nuit haute et claire.

 

 

 

L’arbre de Noël de Liszt

Quand on pense au pianiste et compositeur Franz Liszt (1811-1886), on ne pense pas tellement à l’ambiance de Noël, à vrai dire.

Séducteur, plus grand que nature, égoïste voire diabolique, il a ensorcelé le monde entier par l’éblouissante virtuosité de son jeu et par ses compositions hautement originales et colorées qui exercent, même aujourd’hui, une influence considérable sur la musique de film.

Il s’est également engagé, aux côtés de Wagner et de Berlioz, dans une lutte historique afin de déterminer ce que serait la musique du futur. Leur vision était d’une union entre musique et drame au sein d’une révolution dans les formes musicales.

Ils rejetaient les genres préétablis telles la sonate ou la symphonie. Wagner a même parlé de l’« œuvre d’art total » (Gesamtkunstwerk). On peut voir dans les créations mythiques multidisciplinaires des Ballets russes au début du 20e siècle, comme le Sacre du printemps de Stravinski et Daphnis et Chloé de Ravel, l’aboutissement de cette pensée.

Mais surprise!

Dans L’arbre de Noël pour piano, Liszt nous montre un côté rarement vu chez lui : naïf, innocent, c’est une véritable musique pour enfants.

Dans cette œuvre nous sommes effectivement très loin de la virtuosité démoniaque et de la passion héroïque qu’on associe généralement au personnage lisztien.

Daniela von Bülow, petite fille de Liszt et dédicataire de l'Arbre de Noël, en 1881, l'époque où l'œuvre fut achevée. Derrière elle : sa mère Cosima (la fille de Liszt) et son beau-père Richard Wagner.
Daniela von Bülow, petite fille de Liszt et dédicataire de l’Arbre de Noël, en 1881, l’époque où l’œuvre fut achevée. Derrière elle : sa mère Cosima (la fille de Liszt) et son beau-père Richard Wagner.

Nuit de Noël par le Trio Fibonacci à la Salle Bourgie vendredi 27 novembre 2015 à 19h30

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